Qu’elle soit toute proche ou encore lointaine, planifier votre retraite au Luxembourg demande de plonger dans un système solide et généreux, mais parfois complexe. Âge légal, retraite anticipée, années d’études, « baby years », réforme à venir : entre les règles et leurs exceptions, il est facile de s’y perdre. Voici ce qu’il faut savoir pour anticiper votre départ à la pension.
On entend souvent dire qu’il faut avoir travaillé au moins 10 ans au Luxembourg pour pouvoir y prétendre à une pension. Il s'agit d'une croyance répandue... et fausse ! Pour vous permettre d’y voir plus clair, nous avons fait le point sur les questions essentielles qui gravitent autour de ce moment important dans la vie de chacun, et tant attendu par beaucoup.

Comprendre le système de retraite luxembourgeois
Tout d’abord, il convient de distinguer le régime général, qui concerne les salariés de droit privé, et le régime spécial (et spécial transitoire pour les fonctionnaires entrés en service avant le 1.1.1999), qui se rapporte aux agents de la fonction publique, des communes et de la Société nationale des chemins de fer luxembourgeois (CFL).
Nous abordons ici les spécificités du régime général.
Le système luxembourgeois des retraites est basé sur le principe de solidarité : les salariés qui travaillent cotisent pour ceux qui sont à la retraite actuellement. On parle aussi de répartition. En plus du paiement des pensions en cours, le système prévoit une « réserve de compensation » : un coussin de sécurité qui doit toujours être supérieur à 1,5 fois le montant des pensions versées en un an. Pourquoi ? Pour pouvoir faire face à des périodes difficiles comme une grave crise économique. En 2023, la réserve était de 4,25 fois le montant des prestations annuelles, ce qui montre la bonne santé apparente du système actuel des pensions au Luxembourg.
Si ces chiffres témoignent d'une situation actuellement favorable, ils masquent une réalité plus préoccupante à moyen terme. Même avec l’introduction de la réforme 2025 qui visait à prolonger la viabilité du système, les cotisations ne suffiront plus à couvrir l'ensemble des pensions versées à partir de 2029, obligeant le système à puiser dans ses réserves. Selon les projections actuelles, ces réserves — aussi confortables soient-elles aujourd'hui — pourraient s'épuiser vers 2048 si aucune mesure supplémentaire n'est prise.
Comment sont financées les retraites ?
La plus grande partie du financement des retraites provient du taux de cotisation global. Ce taux, calculé rigoureusement par l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS), est fixé tous les 10 ans, et doit suffire à couvrir les pensions futures, les pensions actuelles et l’évolution de la réserve. Depuis la première période de couverture, débutée en 1985, ce taux est de 24% (8% à charge des salariés, 8% à charge des employeurs et 8% à charge de l’Etat). Mais il s’apprête à être augmenté (voir encadré).
Les cotisations salariales ne sont pas la seule source d’approvisionnement des retraites luxembourgeoises. Les revenus financiers générés par la réserve de compensation (le coussin de sécurité) contribuent également à alimenter la manne des retraites, de même que d’autres revenus divers.
Quand faire sa demande de pension ?
L’âge légal : 65 ans
Au Luxembourg, l’âge auquel vous pouvez légalement partir à la retraite est 65 ans. Pour cela, il faut avoir travaillé et cotisé pendant au moins 10 ans (120 mois) au total (périodes d’assurance obligatoire, continuée, facultative ou rétroactive) au Luxembourg ou dans un autre pays de l’Union européenne. Il faut également avoir travaillé et cotisé pendant minimum 12 mois au Luxembourg.
Si la condition de travail pendant 12 mois au Luxembourg n’est pas remplie, vous n'êtes pas éligible à une pension luxembourgeoise.
Au plus tôt : à partir de 57 ans
Sous certaines conditions, il est possible de faire une demande anticipée :
- à 57 ans, si vous avez travaillé et cotisé pendant au moins 480 mois (40 ans) de périodes d’assurance obligatoire ;
- à 60 ans, vous pouvez demander votre pension de vieillesse anticipée si :
- vous totalisez 480 mois (40 ans) de périodes prises en compte (assurance obligatoire, continuée, facultative, périodes rachetées et périodes complémentaires, ainsi que les années d’études), c’est-à-dire des périodes pendant lesquelles vous avez travaillé comme salarié ou indépendant et d’autres périodes assimilées ; et
- ce total comprend au moins 120 mois (10 ans) d’assurance obligatoire, continuée, facultative ou des périodes rachetées.
Remarque : les périodes de congé maternité et de congé parental comptent comme périodes d’assurance obligatoire dans le calcul du stage d’assurance, y compris pour la demande de pension de vieillesse anticipée.
Petit lexique des périodes d’assurance :
- Les périodes d’assurance obligatoire : périodes d’activité professionnelle, ou considérées comme telles, pour lesquelles vous payez vos cotisations.
- Les périodes d’assurance continuée : périodes pour lesquelles vous pouvez continuer ou compléter votre assurance pension si, avant de perdre votre assurance obligatoire (ou de diminuer votre activité), vous avez été assuré au moins 12 mois sur les 3 dernières années.
- Les périodes d’assurance facultative : périodes durant lesquelles vous pouvez vous assurer volontairement, si vous remplissez certaines conditions (notamment de résidence au Luxembourg et d’affiliation préalable) lorsque vous cessez ou réduisez votre activité professionnelle pour des raisons familiales.
- Les périodes d’achat rétroactif : certaines périodes ne sont pas couvertes pour la pension (exemple : une pause ou une réduction d’activité pour s’occuper de votre famille, ou une période non couverte après avoir quitté un système de pension à l’étranger). Vous pouvez demander à rendre ces périodes comptabilisables en payant des cotisations à posteriori : c’est ce que l’on appelle un achat rétroactif.

Quelles démarches faut-il entreprendre ?
Faire sa demande à l’avance
L’attribution de la pension n’est pas automatique. Il faut procéder soi-même à la demande auprès de la Caisse nationale d’assurance pension (CNAP) et ce, plusieurs mois avant la date envisagée de départ à la pension – même lorsqu’on part à la retraite à 65 ans. Il existe différents formulaires de demande, en fonction de la situation dans laquelle vous vous trouvez.
Si vous êtes frontalier, il est conseillé de présenter votre demande auprès de l’organisme compétent de votre pays de résidence. Ce dernier transmettra votre dossier à l’institution du dernier État membre dont la législation était applicable, le cas échéant.
Quand on a travaillé dans plusieurs pays européens
Si, durant votre carrière, vous avez travaillé dans plusieurs pays de l’Union européenne, dont le Luxembourg, vous pourrez en principe recevoir une pension de la part de chacun de ces pays. Le montant de chaque pension sera calculé en fonction de la durée de la période travaillée. Ce mécanisme est appelé principe de la totalisation des périodes d’assurance.
Comment connaître le montant de sa pension ?
Le montant de votre pension sera calculé sur base des années d’emploi accomplies et des cotisations versées, qui forment ensemble ce que l’on appelle la « carrière d’assurance ». Elle est composée de périodes couvertes de cotisations et de périodes non couvertes de cotisations appelées périodes complémentaires (invalidités, étude, éducation des enfants, etc.).
Au Luxembourg, la pension minimum mensuelle pour 40 années s’élève, au 1er mai 2025, à 2.350,89 euros bruts. Si ce montant n’est pas atteint malgré les majorations forfaitaires et proportionnelles, vous recevez un complément.
Demander une estimation
À partir de 55 ans, le relevé de carrière, reçu annuellement par chaque travailleur, mentionne un montant estimatif de pension (qui ne prend pas en compte les périodes complémentaires ni les périodes futures que vous allez encore cotiser).
Vous pouvez également demander à la CNAP une estimation officielle de votre pension à partir de l’âge de 55 ans. Cependant, en raison des modifications législatives en cours (voir encadré à propos de la réforme des pensions en cours), la CNAP est pour le moment dans l’incapacité de répondre aux demandes d’estimations.
Dans ce contexte LALUX met à votre disposition un simulateur intelligent spécialement conçu pour estimer votre pension. Grâce à la technologie OCR, il vous suffit de scanner votre relevé de carrière CNAP pour obtenir en quelques secondes une estimation personnalisée du montant de votre pension.
Cet outil innovant constitue un véritable allié pour anticiper les effets des réformes des pensions et ajuster dès aujourd’hui votre stratégie de prévoyance afin de préserver votre niveau de vie une fois à la retraite.
Valoriser les « baby years », les années d’études et autres périodes spéciales
Les périodes complémentaires non couvertes par un régime d’assurance de pension sont par exemple : les périodes d’invalidité, d’éducation des enfants (« baby years »), d’études ou de formation professionnelle. Elles peuvent être prises en compte pour compléter un stage requis pour la pension de vieillesse anticipée, pour la pension minimale ou à des fins d’acquisition de majorations qui augmentent le montant de la pension.
Les années passées à s’occuper des enfants
Pour les « baby years », il est possible de faire reconnaître ces périodes pour qu’elles soient assimilées à des périodes d’assurance obligatoire, sous conditions. Les parents doivent pour cela faire une demande conjointe pour déterminer lequel d’entre eux en bénéficiera ou pour procéder à un partage. La demande peut être déposée au plus tôt à partir des 4 ans de l’enfant et au plus tard, au moment de la demande de pension (après, ce sera trop tard). Cette démarche est gratuite.
Il existe une autre opportunité de valoriser les périodes non cotisées, via l’achat rétroactif. Dans ce cas, l’assuré peut racheter certaines périodes pour qu’elles soient considérées comme cotisées, moyennant le paiement de cotisations calculées sur un revenu de référence.
Le choix entre ces deux dispositifs dépend de plusieurs facteurs, notamment des conditions d’accès : la reconnaissance des « baby years » n'est ouverte qu'aux parents répondant à des critères stricts alors que l’achat rétroactif offre plus de flexibilité, mais implique un coût.
Les périodes d’études ou de formation
Concernant les périodes d’étude ou de formation professionnelle, elles peuvent également être prises en compte dans le calcul de la carrière sous forme de périodes complémentaires, si elles ont été accomplies entre 18 et 27 ans. Ces périodes couvrent : les études secondaires, supérieures ou universitaires, les cours « adulte » du soir et les stages obligatoires prévus dans le cadre du programme d’étude. Pour être reconnues, elles doivent répondre à certaines conditions comme le fait de ne pas avoir été indemnisées.

| Type de période | Exemples / Explications | Compte pour le stage concernant la demande de pension anticipée) ? | Finance la pension (cotisations versées) ? |
| Assurance obligatoire | Activité salariée ou indépendante (et certaines périodes assimilées à de l’activité) | OUI | OUI |
| Congé maternité | Indemnité de maternité (assimilée dans la carrière d’assurance) | OUI (assurance obligatoire) | OUI (cotisations sur indemnité) |
| Congé parental | Période de congé parental reconnue | OUI (assurance obligatoire) | OUI (indemnités soumises aux charges sociales, avec exemptions : maladie/accidents/allocations familiales) |
| Assurance continuée | Vous continuez ou complétez l’assurance après la perte ou la réduction de votre activité (sous conditions) | OUI | OUI (cotisations volontaires) |
| Assurance facultative | Assurance pension volontaire (sous conditions) | OUI | OUI (cotisations volontaires) |
| Achat rétroactif | Vous payez rétroactivement certaines périodes pour les rendre cotisées | OUI | OUI (paiement de cotisations) |
| Périodes complémentaires | Etudes / formation (de 18 à 27 ans), invalidité... | OUI (selon les cas : stage, pension minimum, majorations...) | NON |
| Baby years | Périodes d’éducation des enfants reconnues après demande conjointe | OUI (assimilée, selon conditions) | NON (mais rachetables, sous conditions) |
Réforme des pensions actuelle
Avec la réforme du système des pensions au Luxembourg, des changements législatifs entrent en vigueur à partir du 1er janvier 2026. L’un des objectifs de la réforme est de rapprocher de l’âge effectif actuel (environ 60 ans en 2024) à l’âge légal de départ à la retraite (65 ans). En effet, beaucoup de travailleurs luxembourgeois profitent, lorsqu’ils le peuvent, des conditions propices à une pension anticipée. Parmi les adaptations, on peut ainsi citer l’allongement progressif de la carrière pour les personnes qui atteignent 40 ans de travail via les périodes complémentaires.
Également, à partir de janvier 2026, le taux de cotisations au régime général de pension au Luxembourg passera de 24% à 25,5% (8,5% à charge des salariés, 8,5% à charge des employeurs et 8,5% à charge de l’Etat), ce qui aura pour conséquence une baisse des salaires nets.
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